1ER MAI, FÊTE DU
TRAVAIL Une date-symbole du mouvement ouvrier
Que reste-t-il du 1er Mai, date-symbole de la
lutte des travailleurs à l’ère de la mondialisation?
Le monde
du travail accueille la
Journée internationale des travailleurs dans une conjoncture
loin d’être favorable aux travailleurs. En effet, avec un secteur public en
nette régression en effectif d’une part et une Fonction publique plus que
divisée par l’émergence de nouvelles structures syndicales, d’autre part, les
travailleurs sont livrés à eux-mêmes en l’absence d’un cadre unitaire,
revendicatif, combatif, solidaire et démocratique.
Que reste-t-il du 1er Mai, date-symbole de la lutte des travailleurs à l’ère de
la mondialisation où les multinationales dictent leurs lois en remettant en
cause parfois même la souveraineté nationale? Instaurée à l’origine comme
journée annuelle de grève pour la réduction du temps de travail, puis
reformulée dès 1866 par l’Internationale des travailleurs comme une journée de
manifestation pour obtenir une journée à 8 heures de travail, le 1er Mai
demeure un repère pour le mouvement ouvrier construit autour de la
revalorisation «des salaires et la réduction du temps de travail».
Aux Etats-Unis, au cours de leur congrès de 1884, les syndicats américains se
donnent deux ans pour imposer aux patrons une journée de travail à 8h. Ils
choisissent de débuter leur action le 1er mai, comme premier jour de l’année
comptable et les contrats ont leur terme ce jour-là. Le 1er mai 1886, la
pression syndicale permet à quelque 200.000 travailleurs d’obtenir la journée
de 8 heures. Le 3 mai fut organisée la plus grande manifestation regroupant
quelque 350.000 travailleurs des entreprises, auxquels les patrons ont refusé
la journée à 8 heures. La manifestation fut réprimée, 3 morts parmi les
grévistes de la société, McCormick Harvester de Chicago, 8 autres arrêtés, 5
condamnés à mort et 4 d’entre eux furent exécutés «pendus», le 11
novembre 1887, dont August Spies qui a proclamé la fameuse phrase: «Le jour viendra où notre silence sera
plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui.» C’est ainsi
que la tradition du 1er Mai s’enracine dans la lutte ouvrière et fut propagée à
l’Europe depuis 1889. La montée du mouvement ouvrier a donné à réfléchir aux
gouvernements. Cette avancée des droits des travailleurs s’est concrétisée par
l’avènement de l’Organisation internationale du travail (OIT), créée en 1919 à
Paris sous le slogan «Aucune paix
sociale et durable sans une véritable justice sociale». Aujourd’hui, dans notre pays, toute la dimension de cette date symbole est
réduite à de simples collations et autres célébrations loin de la réalité des
travailleurs menacés par l’érosion du pouvoir d’achat, le chômage, la
contractualisation, le travail au noir, l’informel...
Les acquis sociaux des travailleurs, chèrement arrachés par des luttes, sont
plus que menacés, notamment après l’émergence d’un secteur privé loin d’adhérer
aux conditions générales de travail.
Le 1er Mai de cette année est marqué à Béjaïa par une seule manifestation de
rue appelée par le Parti socialiste des travailleurs (PST) qui veut remémorer
l’événement par une marche populaire avec les syndicalistes, les retraités, les
chômeurs...pour dire non à la misère sociale et pour une répartition équitable
des richesses du pays.
Deux siècles après l’émergence et la mise en avant de la revendication
salariale et la réduction du temps de travail, la question reste entière quant
à l’approche de la révision du Code du travail, la réforme de la retraite et
l’augmentation du temps du travail avec la projection de la semaine à 48
heures.