Au lendemain de la réélection sans gloire de
Bouteflika, les travailleurs, les jeunes et les masses populaires qui ont
déserté massivement les bureaux de vote retrouvent leurs priorités sociales.
Médecins, cheminots, dockers, des sidérurgistes de Mittal Arcelor El Hadjar à
ceux de la Chaussure Mac
Soum à Akbou en passant par les chantiers de l’autoroute de Todini Bouira et
les enseignants vacataires, partout, les travailleurs et les jeunes ont
continué à crier leur colère sans prêter attention au déluge d’affiches géantes
et à l’envahissement des écrans de l’ENTV par celui qui n’hésite plus à
afficher l’argent des affairistes milliardaires qui le soutiennent. A l’Est, à
l’Ouest comme au Sud, les APC ont continué à être assiégées par les jeunes qui
ne croient pas aux trois millions d’emplois promis alors que le pouvoir ne
reconnait qu’un million de chômeurs.
Mais en l’absence d’un puissant parti socialiste, au
service des travailleurs et de la jeunesse, capable de conduire une alternative politique
au concert des partis libéraux et pour organiser la résistance à la fraude, les
travailleurs et les jeunes se sont retrouvés atomisés et dispersés. Ils ont été
contraints de subir dans l’isolement les convocations obligatoires pour les
meetings électoraux et les invitations impératives à signer à blanc pour un
candidat.Faut il parler de ceux qui ont
été réquisitionnés pour assister, impuissants, au triplement de la
participation électorale dans des bureaux de vote déserts ou de ceux qui ont
voté par peur pour leurs papiers administratifs.
Désarmés politiquement, les travailleurs l’étaient
aussi syndicalement puisque l’UGTA, dont le nom est synonyme de syndicat pour
l’essentiel des secteurs salariés, s’est mobilisée pour un candidat qui combat
publiquement les acquis sociaux des travailleurs. Pourtant, la pression sociale
qui ne s’est pas relâchée, a contraint les candidats à gauchir leur discours.
Tout au long de la campagne électorale, les Algériens n’ont parlé que du prix
de la sardine et de celui de la pomme de terre et au lendemain du 09 avril,
après 48h d’étonnement et d’anecdotes sur le miracle de la fin d’après midi,
l’Algérie parle de la hausse du SNMG.
Au lendemain d’un triomphe officiel, aucun officiel
n’a l’air de triompher à l’image de Bouteflika qui bredouille son discours. La
non participation massive a des millions de témoins. Ils savent que nous
savons. Il n’y a pas, non plus, parmi les masses, la résignation de 2004 qui a
facilité le durcissement autoritaire et fait accepter, sans résistance, le
pillage libéral. L’échec du plébiscite affaiblit le président, le régime et aiguise
les rivalités et les luttes de succession.
Il faut néanmoins rester vigilants. Les résultats du
09 avril sont une violence contre la démocratie. Mais le désaveu populaire est
si cinglant, les luttes sociales sont si importantes que le pouvoir se voit
contraint de différer les attaques contre les maigres acquis démocratiques qui
nous restent. Il nous faut pourtant mettre au premier plan la nécessité de la
résistance et de la reconquête de nos espaces démocratiques. Notre appel à la
convergence démocratique garde toute sa pertinence. Il ne s’agit pas d’unifier
l’opposition sous la bannière des libéraux démocrates, il s’agit d’apprendre à
être solidaires contre la répression et l’intimidation même quand on diverge
politiquement. Il s’agit d’agir pour exiger la liberté d’expression,
d’organisation politique et syndicale, de manifestation et de grève.
Mais la réélection de Bouteflika va aussi conduire à
un changement de discours. Il est à craindre que nos gouvernants fassent
semblant de découvrir la crise du capitalisme mondial pour justifier une
politique d’austérité avec le rétrécissement des promesses électorales et avec les
attaques contre le système actuel de protection sociale.
A nous de leur rappeler, par nos luttes, que leurs
promesses ne nous suffisent pas, que les 18000DA qu’ils nous font miroiter ne
permettent pas de vivre dignement, que les millions d’emplois en dessous du
SNMG nous révoltent, que l’importation de travailleurs surexploités nous
indigne, et que nos jeunes attendent toujours un travail décent.
A nous de défendre les droits actuels à la retraite et
d’agir pour interdire le travail au noir qui devient la règle. A nous d’empêcher
le nouveau code du travail promis pour la fin 2009 qui rêve de légaliser le
travail précaire.
Le discours de patriotisme économique s’est aussi
radouci pour rassurer les protecteurs impérialistes occidentaux et obtenir leur
bénédiction pour le 3ème mandat. Pourtant, aujourd’hui que la
privatisation du téléphone mobile, de la sidérurgie ou des activités de soutien
à Sonatrach sont apparues comme autant d’opérations de pillage, il est urgent
de stopper les ventes d’entreprises, de reprendre Elhadjar, de mettre fin aux
concessions sur le port d’Alger ou sur les richesses pétrolières et minières et
d’annuler les contrats ruineux de gestion de l’eau et l’aéroport. Nous sommes
tous concernés ! Ce n’est seulement l’affaire des dockers ou des
travailleurs de l’hôtel Riad.
Les travailleurs ont besoin d’urgence de construire
l’instrument syndical qui organise leur résistance. Les jeunes ont besoin de
s’organiser Les masses populaires ont besoin d’un grand parti qui représente leurs
aspirations et qui rebâtisse l’espoir pour que sur la crise béante du
capitalisme mondial renaisse un autre monde sans exploitation ni oppression. Le
socialisme.